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Bilou de retour du Bangladesh...

 

A peine rentré d'Asie, Bilou évoque sa nouvelle rencontre avec Corentin de Chatelperron, cette fois au Bangladesh, la construction navale du futur  Gold of Bangal  ou encore l'avenir du Vendée Globe...

 

En ce milieu du mois de mars, alors que la moitié de la France est encore sous la neige,  toi tu  rentres du Bangladesh, l'un des pays les plus pauvres du monde ? Quel contraste...

C'est sûr que lorsqu'on arrive au Bangladesh, considéré de chez nous comme la poubelle du monde, on prend une claque. La promiscuité n’est pas trop mon truc… J'avais ressenti quelque chose de comparable en Inde, cette fourmilière humaine dans les villes, une activité grouillante, sons, odeurs, couleurs, tous les sens sont sollicités !

 

Une claque culturelle ?

Culturelle, sociale, économique, géographique..., un choc complet. Ce pays peut être vu comme un enfer ou un paradis. Un voyage qui te montre en accéléré les conséquences d’une certaine mondialisation et de ses sous-traitances. Mais le sourire des gens est une leçon pour nos contrées empreintes de morosité... Et puis c’est un peuple de l’eau, douce ou salée. Le patrimoine maritime est fabuleux.

 

Pour quelles raisons étais-tu là-bas ?

Toute l'équipe de Kairos est très liée avec Corentin de Chatelperron, ce jeune ingénieur français qui travaille avec son équipe sur les bio matériaux au Bangladesh. Je l'avais rencontré après sa navigation à bord de Tara Tari. Avec ce voilier construit partiellement en fibre de jute, il avait rallié La Ciotat depuis le golfe du Bengale. Je suis allé là-bas en voyage d'études pour la mise à l'eau du nouveau « Gold of Bengal », dont j’ai le plaisir d’être le parrain, un « sampan », cette fois réalisé à 100% en fibres de jute. Je lui ai aussi livré la voile de son gréement « pince de crabe », que nous avons réalisé chez Kairos, à partir d’un de mes anciens spis du Vendée Globe.

 

As-tu fait d'autres rencontres ?

Oui. J’ai été heureux de rencontrer Yves Mare, qui réside depuis une vingtaine d’années au Bangladesh. C'est un grand monsieur, initiateur de toute une saga, puisqu’il a commencé par convoyer depuis la France une péniche pour en faire un hôpital flottant, il y a une vingtaine d’années. Depuis il  vit dans ce pays. Il a constitué avec Marc Van Peteghem et d’autres personnages géniaux comme Alain Conan et Gerald Similowski, l’association Watever qui aide à développer des « solutions flottantes utiles » pour diverses utilisations professionnelles ou humanitaires. C'est d'ailleurs Watever qui soutient le projet Gold of Bengal depuis le début. Tout ce petit monde  dégage une belle énergie multi générationnelle. Ils font un travail formidable d’accompagnement et de formation des gens du terrain et je me suis régalé à travailler dans le chantier Tara Tari avec les ouvriers pour les finitions du bateau de Coco.

 

« Le Bangladesh pourrait être le premier pays à remplacer la fibre de verre par la fibre naturelle »

 

Chez Kairos, vous travaillez également sur la construction en fibres naturelles. Comment comptes-tu collaborer avec Corentin et l'équipe du projet Gold of Bengal, sur le long terme ?

Le chantier de Corentin et notre département bio composite échangent déjà beaucoup d'idées, des protocoles. Nous explorons conjointement de nouveau axes de recherche. L'enjeu là-bas est colossal: le Bangladesh pourrait être le premier pays au monde à substituer la fibre de verre par la fibre végétale. Pour la « poubelle du monde », ce serait incroyable, non ? Enfin, nous épaulons Gold of Bengal dans sa recherche de fonds.

 

Corentin est-il toujours aussi motivé, porté par l'idée de construire des bateaux propres et durables, presque... « éthiques » ?

Plus que jamais. C'est un mec bien. Il anime une équipe de jeunes ingénieurs français, tous aussi déterminés, tous aussi enthousiastes que lui. Ils ont un gros bagage scientifique et universitaire et ils sont motivés pour que le monde tourne différemment. J’aime cette énergie passionnée. 

 

Finalement, Corentin est bien un pionnier...

Il a même un coté visionnaire avec son ambition, lors de sa prochaine navigation, de réduire au minimum son empreinte écologique. En parallèle, bien sûr, il ramènera un test « grandeur nature » du comportement et du vieillissement de la fibre de jute composant le bateau.

 

« L'exposition du Vendée a été phénoménale »

 

Changeons de sujet. Avec le recul, que t'inspire la conclusion du Vendée ?

Son exposition médiatique a été phénoménale. C'est une excellente nouvelle pour notre sport dans le contexte de crise qu'on connait.

 

Penses-tu, comme certains observateurs, que ce Vendée consacre un changement de génération de skippers ? Une sorte de « Maintenant, place aux jeunes »...

François (Gabart) n'a pas 30 ans, c'est vrai, mais Armel appartient à une génération intermédiaire et possède une énorme expérience avec un palmarès éloquent. Quant aux autres, Riou, Dick, Guillemot..., ils ont connus des problèmes techniques. Ça ne suffit pas pour les condamner définitivement, pour imaginer qu'ils sont finis (rires).

 

Toi qui est un expert en la matière, qui classes-tu au hit parade des meilleurs « reporters de mer » ?

Jean (Le Cam) a tourné de vraies vidéo pleines d'émotion. Bernard Stamm a envoyé quelques films  très chouettes. Parfois, Armel a été réellement authentique, montrant un coté qu'on ne lui connaissait pas. Tanguy de Lamotte a illustré de belle manière son projet génial Initiatives-Cœur. Quant à Alessandro Di Benedetto, il a illuminé la course, avec sa joie de vivre, son humour et son amour de la mer.

 

Et François Gabart ? Certains l'ont trouvé trop lisse, systématiquement « Tout va bien à bord !», un peu calculateur aussi avec ses angles de plans vidéos masquant la configuration de ses voiles...

Je ne sais pas si ce sont des défauts... ou alors il s'agit de défauts de jeunesse. François est un phénomène, pas un extra-terrestre. Il ne peut pas absolument tout réussir. Tant mieux pour nous (rires).

 

 « Le Vendée 2012-13 m'a confirmé l’envie »

 

As-tu eu envie de repiquer au jeu du Vendée Globe pendant cette édition ?

Ça m'a donné envie, oui. J'aime ça. La question est de savoir comment aborder le Vendée Globe 2016. Nous sommes tous à la recherche du gros sponsor. Dans le courant du mois d’avril,  l’IMOCA votera les évolutions de la jauge pour les années à venir, en visant un double objectif: la fiabilité, en particulier les quilles, et la limitation des coûts. Je crois en la mutualisation d’un maximum de pièces. Cette monotypie « allégée » est une vraie option économique et sportive mais elle demande un véritable engagement collectif des acteurs. L’avenir proche donnera les directions pour  mon projet.

 

En 2013, trouve-t-on encore des « gros » sponsors ?

Visiblement c'est difficile. Mais si l'on se fonde sur les retombées média dont ont bénéficié Macif, Banque Populaire ou Virbac Paprec 3... le retour sur investissement est colossal.  Potentiellement, la voile est toujours une bonne affaire. Et puis il y a de bons signaux. Maitre Coq, par exemple, s'est réengagé avec Jérémie Beyou.

 

Un petit mot à propos de ton ancien trimaran. Le Mod 70 n°2 Veolia Environnement quitte l'Europe...

Il a été acheté par un armateur américain. Il naviguera a priori avec Cam Lewis aux Etats-Unis, côté Pacifique.

 

Est-ce un coup dur pour la classe ?

Ce n'est pas une bonne nouvelle. Un bateau qui part, d'autres qui cherchent un partenaire, une organisation spécifique qui n'existe plus vraiment...  Pourtant ces trimarans restent de fabuleuses machines. Je devrais d'ailleurs faire pas mal de Mod cette année !

 

Propos recueillis pas Bruno Clement

 

L'agence de photojournalisme Zeppelin a réalisé au Bangladesh de magnifiques photos sur le chantier naval Tara Tari et la mise à l'eau de "Gold of Bengal".

Pour voir ces photos, allez faire un tour sur leur site internet: http://www.zeppelin-geo.com/galeries/bangladesh/juteboat/juteboat.htm